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Elisabel LARRIBA , Université de
Provence - UMR Telemme, Institut
Universitaire de France
De l'usage de la gravure dans le Memorial literario(1784-1808)
Résumé
Après avoir analysé dans le numéro 2 de El Argonauta español (janvier 2005) le rôle joué par les gravures dans le Semanario de Agricultura y Artes dirigido a los Párrocos (1797-1808), nous poursuivons ici notre étude sur l'usage de l'image dans la presse du XVIII e siècle en nous intéressant au cas du Memorial literario (1784-1808) qui, de par sa qualité et son étonnante longévité, occupe assurément une place de choix au sein de la République journalistique de l'Espagne des Lumières.
Extracto
Tras analizar en el segundo número de El Argonauta español (enero del 2005) el papel desempeñado por los grabados en el Semanario de Agricultura y Artes dirigido a los Párrocos (1797-1808), proseguimos aquí nuestro análisis del uso de las estampas en la prensa dieciochesca, centrándonos en el caso del Memorial literario (1784-1808), publicación que, por su calidad y extraordinaria longevidad, ocupa un lugar destacado en la República periodística de la España ilustrada.
Abstract
After analyzing the role played by the engravings in the Semanario de Agricultura y Artes dirigido a los Párrocos (1797-1808) in the second volume of El Argonauta español (January, 2005), we now continue our analysis of the use of the illustration in eighteenth-century press, focusing on the case of Memorial literario (1784-1808), a publication which holds a distinguished place for its quality and extraordinary longevity in the journalistic republic of the Spanish Enlightenment.
Texte intégral
Le Memorial literario, instructivo y curioso de la Corte de Madrid, fondé en avril 1784 par Joaquín Ezquerra (membre des Reales Estudios de San Isidro) et Pedro Pablo Trullench (un portier de la Cámara de Castilla ferru d'histoire) 1 , trouva auprès du public un écho fort appréciable comme en atteste son incroyable longévité : près d'un quart de siècle. Il fut bien évidemment frappé de plein fouet par le décret du 24 février 1791 qui interdisait la parution de tout périodique exception faite des journaux officiels (Gaceta de Madrid et Mercurio histórico y político) et du Diario de Madrid. Mais, à la différence de la plupart de ses confrères, condamnés à un silence définitif, le Memorial literario eut tôt fait de renaître de ses cendres. Le 22 juin de la même année, Ezquerra, ne souhaitant nullement renoncer à son activité de publiciste, sollicita auprès du Conseil de Castille le renouvellement de sa licence d'impression 2 . Il ne manqua pas de rappeler que cette publication, placée sous le sceau de l'utilité publique, avait bénéficié des faveurs du pouvoir et n'avait jamais trahi sa confiance en sept ans d'existence ; qu'au fil du temps, elle avait su s'attirer les grâces du public et comptait de ce fait un nombre appréciable de souscripteurs 3 ; que son impression avait rapporté pas moins de 200 000 réaux à l'Imprimerie Royale et sa diffusion quelque 30 000 réaux aux Postes. Ces arguments firent mouche. C'est ainsi qu'en juillet 1793 vit le jour la Continuación del Memorial literario . Objet d'une deuxième interruption en décembre 1797, il parut d'octobre 1801 à juin 1804 sous le titre de Memorial literario o Biblioteca periódica de Ciencias y Artes . En 1805, Ezquerra céda son journal à Carnerero qui en obtint le privilège exclusif et c'est sous ce même titre qu'il fut publié de janvier 1805 à septembre 1806 avant d'être rebaptisé, après un long silence, en janvier 1808, Memorial literario o Biblioteca periódica de Ciencias, Literatura y Artes . Mais sa course eut tôt fait d'être stoppée. Le 30 mai 1808, après parution du quinzième numéro du trimestre en cours et du fait du déclenchement de la Guerre de l'Indépendance, le journal connut une nouvelle interruption. Toutefois, mettant à profit la retraite de Joseph I er , les éditeurs du périodique reprirent la plume dès le mois d'octobre. Ainsi dans une annonce parue dans le Diario de Madrid du 30 septembre 1808 4 était-il fait mention de la publication en une seule livraison des trois derniers numéros du deuxième trimestre (les numéros 16, 17 et 18) qui n'avaient pu voir le jour en temps utile ainsi que du lancement de la souscription du troisième semestre. Le premier numéro sortit des presses le 10 octobre et au moins quatre autres furent publiés à sa suite 5 . Mais ce fut là le chant du cygne du Memorial literario qui, fondé 25 ans plus tôt par Joaquín Ezquerra, disparut définitivement lorsque Napoléon se rendit à nouveau maître de la capitale. Il n'en reste pas moins que le journal laisse derrière lui une imposante collection de 52 tomes. Ce volumineux mensuel, devenu bimensuel (en septembre 1787) puis trimensuel (en janvier 1805) et qui rêvait de passer à une périodicité quotidienne 6 , connut une trajectoire quelque peu accidentée. Néanmoins, il sut trouver sa place au sein de la République journalistique de la fin du XVIII ème siècle, si proche de cette République des Loups qu'évoquait Beaumarchais. Faisant la part belle à l'actualité littéraire et culturelle, mais couvrant néanmoins un large éventail thématique, le Memorial literario se distinguait par une prudente modernité qui ne fut pas pour déplaire aux autorités et séduisit un public essentiellement citadin composé d'hommes et de femmes éclairés, où le clergé était dignement représenté. Multipliant les points de vente et largement diffusé sur l'ensemble de la Péninsule (voire au-delà) 7 , le Memorial literario , qui jouissait d'une solide réputation, comptait au nombre des périodiques pouvant se permettre le luxe d'avoir recours à l'image. Il n'en fit toutefois qu'un usage modéré. Vers un frontispice à la hauteur de ses ambitions Les pages de garde des numéros se distinguent généralement par une élégante sobriété. Y figure en lettres capitales (avec des variations de police et de taille) le titre du journal, suivi le plus souvent de l'indication du mois, de l'année, du tome et d'une citation de Cicéron 8 ainsi que de la mention En la Imprenta Real , le tout faisant l'objet d'un double encadrement. Cette présentation souffrira de légères modifications au fil du temps. C'est ainsi, notamment, qu'à partir de 1786, les frontispices des volumes furent agrémentés du blason de l'Imprimerie Royale. La sobriété était toujours de mise, mais le recours à cet élément iconographique (fort visible de par sa taille et symbolique de par sa nature) n'était pas sans conférer une certaine noblesse aux pages de garde des numéros et témoignait de la volonté des éditeurs d'asseoir leur position au sein de la République journalistique. Mariano Carnerero, tout en suivant les brisées de ses prédécesseurs, se montra en la matière bien plus ambitieux et opta, en 1805, pour une présentation beaucoup plus travaillée où l'image jouait dès lors un rôle essentiel et mettait en avant (à l'instar du texte) la dimension encyclopédique à laquelle aspirait ouvertement le journal. De manière fort significative le titre fut scindé en deux parties : Memorial literario , d'une part, Biblioteca Periódica de Ciencias y Artes (en caractères bien plus imposants), de l'autre. Un cartouche où figurait une citation de Saavedra (« Que les sciences occupent le centre, mais que la circonférence soit une couronne de somptueuses lettres » 9 ) fit son apparition et fut complété par une traduction iconographique. Ainsi était-il surmonté d'une composition allégorique au centre de laquelle se trouvait un globe terrestre, symbole des Sciences. A sa droite, figuraient les attributs traditionnels de l'agriculture (une faux, une bêche, le coutre d'une charrue) et des arts mécaniques (un compas) ainsi qu'un masque faisant référence au théâtre (auquel le périodique avait toujours accordé une attention particulière). A sa gauche étaient représentés des livres, une feuille couverte de figures géométriques, une équerre et une longue vue, symboles du savoir, des sciences modernes et des techniques, ainsi qu'un encrier, emblème des Belles Lettres, dont le Memorial literario, qui n'avait nullement renoncé à sa vocation littéraire, demeurait un fervent défenseur. Enfin le modeste encadré utilisé jusqu'alors fut remplacé par une imposante frise dans le plus pur esprit classique, ornée sur la partie supérieure d'une luxuriante couronne de laurier au sein de laquelle s'entrecroisent un rameau d'olivier et une palme, évocation de la gloire et de la félicité éternelles qui rejailliraient sur l'Espagne grâce aux efforts déployés afin de contribuer au développement des lettres, des sciences et des techniques, apanage des nations éclairées. Ainsi le frontispice élaboré à la demande de Carnerero, qui combinait harmonieusement texte et image, constituait une excellente illustration des ambitions et des objectifs poursuivis par le journal, lesquels étaient en parfaite adéquation avec la politique culturelle alors prônée par Manuel Godoy 10 . Et l'on conçoit aisément l'intérêt qu'il pouvait y avoir à le clamer haut et fort. Par ailleurs, à une époque où la plupart des périodiques (tributaires des contingences économiques) avaient opté pour des pages de garde fort sommaires, le raffinement et le souci du détail qui caractérisent celle du Memorial literario n'en sont que plus marquants et s'inscrivent dans une démarche résolument commerciale. Le message véhiculé par cette séduisante (et coûteuse) vitrine était sans équivoque : le Memorial literario se voulait un produit de qualité, destiné à public de qualité. Acheteurs, lecteurs et surtout souscripteurs du journal (dont la liste était régulièrement publiée), qu'ils appartinssent ou non à une élite sociale et / ou culturelle, s'en trouveraient flattés, ce qui ne pouvait nuire aux affaires. La gravure : un nectar dispensé avec modération Cette recherche de la qualité, du détail qui fait toute la différence et éblouit le lecteur, se traduisit également par l'insertion de gravures proposées en complément de tel ou tel article. Cependant, les éditeurs du journal ne s'autorisèrent que très ponctuellement un tel luxe. Il faut dire que si le Memorial literario avait réussi, en trouvant son public, la gageure de s'affirmer sur le long terme, sa situation économique ne fut pas toujours reluisante. On se souviendra notamment que peu de temps avant de connaître sa première suspension, Joaquín Ezquerra obtint du Roi, à titre exceptionnel, l'étalement de la dette qu'il avait contractée auprès de l'Imprimerie Royale ainsi qu'un abattement de 12 000 réaux 11 . De ce fait, sur les 52 tomes parus entre janvier 1784 et mai 1808 (auxquels viennent se rajouter au moins cinq numéros parus entre octobre et novembre 1808), on ne recense que vingt illustrations réparties, qui plus est, de manière fort inégale, puisque concentrées pour la plupart sur la première et la dernière période du journal. Quinze d'entre elles (soit les trois quarts) furent publiées à un rythme plus ou moins régulier entre 1784 et 1791, à une époque donc où le journal amorçait sa trajectoire et ne reculait devant aucun sacrifice financier afin de conquérir son public tout en se démarquant de la concurrence qui n'était pas tendre, chacun luttant sans merci pour sa propre survie. [voir tableau et corpus fournis dans l'appendice documentaire] C'est en mars 1785, alors qu'un procès oppose le Memorial literario au Diario de Madrid 12 , que Joaquín Ezquerra eut pour la première fois recours à l'image 13 . Deux gravures furent insérées dans le numéro du mois de juin et une autre dans celui du mois d'août. L'année suivante ses lecteurs se virent également gratifiés de deux illustrations (en mai, puis en août 1786). En 1787, alors que le journal, fort de son succès, accroît sa périodicité et devient bimensuel, deux articles (parus en juin et en septembre) furent renforcés par le poids de l'image. En 1788, deux autres furent agrémentés de dessins. Trois gravures furent publiées en 1789 (dans les numéros d'avril, juin et septembre), ce qui peut paraître peu mais était beaucoup pour l'époque. En revanche, en 1790, alors que les caisses du journal étaient largement déficitaires et que Joaquín Ezquerra avait bien du mal à faire face aux frais d'impression, seule une gravure fut proposée au public (en septembre). Par la suite et durant de longues années le support iconographique ne sera utilisé que de manière on ne peut plus exceptionnelle : une gravure fait l'objet de commentaires dans le mémoire sur la cochenille paru en février 1797, mais semble ne pas avoir été publiée, une autre le fut en janvier 1805. En fait, il fallut attendre 1808, pour que le Memorial literario , qui entamait déjà son déclin, renouât, contre toute attente et de quelle manière, avec l'image. En seulement cinq mois d'existence, trois planches furent gracieusement offertes au public et une quatrième devait paraître dans le numéro du 10 juin 1808. Mais cette dernière (dont nous n'avons à ce jour localisé aucun exemplaire) ne fut livrée qu'en octobre 1808 14 . Rien ne semblait alors trop beau pour les responsables du périodique (Andrés de Mora Luzuriaga, Cristóbal de Beña y Velasco et Mariano de Carnerero) qui, dans le numéro en date du 30 mars (paru quelques jours après le Motín d'Aranjuez et l'abdication de Charles IV) se jetaient, comme nous le verrons, avec ferveur aux pieds de leur nouveau roi, clamant haut et fort leur volonté de redorer le blason du Memorial literario… appelé à devenir un « monument durable » à la gloire de l'Espagne et d'un monarque érigé en protecteur des Lettres 15 . Des illustrations de qualité très inégale A ces disparités quantitatives, viennent se greffer par ailleurs d'importantes variations qualitatives qui donnent lieu à un corpus iconographique bigarré où le meilleur côtoie le pire. Ainsi certaines gravures du Memorial literario … se distinguent par une bien belle facture, la finesse du trait n'ayant d'égal que la complexité des compositions. C'est notamment le cas de la toute première d'entre elles qui représente la façade de la demeure du Comte de Tepa . Insérée dans le numéro de mars 1785, elle fut dessinée par Antonio Carnicero et gravée par Joaquín Pro 16 . Le médaillon figurant dans l'article biographique consacré à John Elwes dans le Memorial... du 20 juin 1805 et que l'on doit à F. Miranda 17 est également d'une exécution fort honorable. Mais les illustrations les plus abouties et les plus soignées sont assurément celles parues en 1808.(illustration 1, illustration 2, illustration 3) Et l'on ne s'étonnera guère en constatant que deux de ces planches (celles qui figurent dans les n° 9 et 12, en date du 30 mars et du 30 avril) sont signées et par le dessinateur (Antonio Rodríguez) et par le graveur (Pedro Vicente Rodríguez). Tous deux pouvaient être fiers de leur travail. Si certaines gravures sont donc l'œuvre d'authentiques professionnels qui n'hésitèrent pas à en revendiquer publiquement la paternité, d'autres, en revanche, (anonymes pour la plupart) sont, dans le meilleur des cas, de qualité très moyenne. Pour ne citer que quelques exemples, les illustrations qui accompagnent, en août 1785, un problème mathématique portant sur le mouvement perpétuel sont en fait deux schémas, représentant une roue à godets, statique pour le premier, et en rotation, pour le second 18 . Celles qui clôturent en juin 1787 la très brève « Observation sur une médaille hébreo-samaritaine » (texte communiqué aux éditeurs par Tomás Fermín de Arteta, en complément d'un article précédemment paru dans le journal 19 ), le sont tout autant, si ce n'est davantage. Il s'agit tout bonnement de la reproduction (de la main de l'auteur même de cette note) du recto et du verso d'une ancienne et rudimentaire monnaie. Quant aux illustrations figurant dans les numéros de février et août 1788 (illustration 1, illustration 2, illustration 3), il s'agit en fait de figures géométriques d'une simplicité dérisoire 20 . L'article sur le paratonnerre livré aux lecteurs du journal en septembre 1787 21 est agrémenté d'une planche technique composée de deux figures (là encore de simples schémas) représentant, pour l'une, l'appareil dont il question, pour l'autre, le plan d'un entrepôt d'explosifs. Cette planche, insérée dans le corps même du texte, de facture relativement grossière et non signée, est l'œuvre du concepteur de l'article qui ne dévoila pas son identité, mais n'était autre que Salvà y Campillo 22 . La gravure qui orne les « Observations météorologiques » 23 publiées dans le numéro d'août 1786 et qui est destinée à faire découvrir un nouveau électromètre , fut « inventée, dessinée » et réalisée en 1786 par Pedro de Salanova. Elle se distingue, il est vrai (du moins si on la compare à la précédente), par une composition plus élaborée et plus imposante, qui rendit nécessaire le recours à un dépliant (sacrifice auquel les éditeurs du journal consentirent à maintes reprises 24 ). Toutefois, l'ensemble, là encore, n'est guère flamboyant : les caractères utilisés pour le texte (titre y compris) sont relativement grossiers, le dessin ne se distingue aucunement par la précision du trait et les jeux d'ombre sont fort maladroits. Mais qu'importe ! Les lecteurs du Memorial literario (qu'ils fussent ou non amateurs de gravures fines) ne pouvaient se sentir lésés par ces menues imperfections tant la présence de l'image dans la presse de l'époque était un mets rare et précieux. En revanche, ils ne pouvaient que s'estimer comblés lorsque la qualité d'exécution était au rendez-vous et elle y fut en plus d'une occasion. L'image au service du sensationnel a) Les fastes de la monarchie Les éditeurs du Memorial literario s'étaient engagés dans le Prospectus publié dans la Gaceta de Madrid du 26 mars 1784 25 et partiellement reproduit l'année suivante dans le numéro du mois de janvier, à rendre compte, entre autres, des fêtes séculières telles que « les illuminations, les déclarations de paix ou de guerre, les couronnements, les inaugurations, l'arrivée d'Ambassadeurs et autres personnalités publiques » 26 . Parmi ces événements d'exception dont le journal se fit l'écho figuraient les fastueuses célébrations dont la capitale fut le théâtre les 27, 28 et 29 janvier 1785 à l'occasion de la double union scellée entre les infants d'Espagne, Carlota Joaquina (fille des Princes des Asturies) et Gabriel (le fils préféré de Charles III) et les infants du Portugal, Don Juan et Maria Ana Victoria. L'événement de toute première importance, aboutissement d'une politique matrimoniale visant à apaiser les tensions entre les deux pays voisins et surtout à réduire l'emprise de l'Angleterre sur le Portugal, donna lieu à un numéro extraordinaire de la Gaceta de Madrid 27 auquel les éditeurs du Memorial ne manquèrent pas de renvoyer leurs lecteurs. Ledit supplément présentant, comme ils le rappelèrent, une « description précise » et nourrie de ces célébrations, les rédacteurs du journal avaient choisi, de ce fait, de ne mettre l'accent que sur certains aspects des festivités ce qui ne les poussa nullement à la concision. Ainsi, la « Noticia de algunas particularidades de las funciones celebradas en esta Corte, con motivo de los Desposorios de los Serenísimos Sres. Infantes de España y Portugal » 28 s'étalait sur pas moins de 24 pages où le public trouva moult détails sur l'éblouissante réception que l'Ambassadeur du Portugal donna le 27 janvier au soir et qui, s'achevant par un délicieux bal, mena ses illustres invités jusqu'au petit matin ou bien encore sur les fastueux ornements dont furent parés divers établissements ou palais qui jalonnaient le trajet allant du Palais Royal au Sanctuaire de Notre Dame d'Atocha où le Roi, reconnaissant, devait se recueillir dans l'après-midi du 29. Parmi ces bâtisses fastueusement décorées et objet de toute l'attention des rédacteurs figuraient notamment la demeure du Comte de Tepa (calle de las Carretas) dont la décoration de la façade fut confiée au peintre Antonio Carnicero. En la circonstance les éditeurs du journal ne se contentèrent pas d'une simple description mais offrirent en complément à leurs lecteurs une gravure, sous forme de dépliant, qui leur permettrait d'apprécier bien plus aisément toute la beauté de l'ouvrage réalisé 29 . D'excellente facture, l'estampe avait été dessinée par Antonio Carnicero lui-même et gravée par Joaquín Pro qui, deux ans auparavant, avait mis son burin au service de l'appareil iconographique des Nouvelles exemplaires de Cervantès et travaillait alors, en collaboration avec d'autres graveurs, sur les illustrations qui devaient agrémenter la traduction espagnole de l'Histoire naturelle de Buffon 30 . La planche, agrémentée d'une légende fort explicite : « Diseño de la Fachada que el Ilmo. S r. Conde de Tepa erigió con el plausible motivo de pasar por su Casa el Rey N. S. y su Real Familia a dar gracias a N tra. S ra. de Atocha p r los Casamientos de los Serenísimos SS Infantes de España y Portugal. Repres. ta una Casa festivamente adornada en obsequio de Himeneo Dios de las Bodas, cuya gentílica Estatua se ve colocada en el Pórtico con la inscripción. ….THAEDAS HYMENEUS AMORQUE PRAECIPIUNT…. Lo dibujó y dirigió D. Antonio Carnicero, quien la dedica al dicho Iltmo. S or » n'avait pas été réalisée à la demande expresse du journal, mais elle servait parfaitement les desseins des éditeurs qui, à n'en pas douter, n'étaient pas exclusivement informatifs. En accompagnant leur article d'une gravure de toute première qualité, ils montraient combien ils étaient soucieux de satisfaire une clientèle exigeante, qui s'en trouverait forcément flattée. Ils inauguraient ainsi avec magnificence un nouveau type de chronique festive, rubrique qui depuis le début du siècle avait fait les délices des lecteurs de la Gaceta de Madrid 31 . Mais leur message n'était pas à l'adresse du seul public. En réservant un traitement privilégié à l'événement nul doute qu'ils espéraient également s'attirer les grâces du pouvoir, glorifié par le texte et l'image. En se faisant ostentatoirement l'écho de la joie et de l'allégresse dont fit alors montre « le fidèle peuple de Madrid » 32 , porté par son amour et sa loyauté à l'égard de la famille royale, les éditeurs du Memorial literario rendaient eux aussi allégeance à leur monarque et véhiculaient l'image d'une Espagne heureuse et brillant de mille feux. b) A femme exceptionnelle, hommage exceptionnel Ce même souci d'attirer le regard sur les gloires de leur nation poussa les éditeurs du périodique à rendre un hommage appuyé à la jeune Doña María Isidra Quintina de Guzmán y la Cerda qui, fait sans précédent, se vit décerner en juin 1785 par l'Université d'Alcalá de Henares le titre de docteur ès-Lettres et Philosophie. Elle avait alors dix-sept ans ! Son parcours exceptionnel, pour une femme, défraya la chronique et fut salué y compris par delà les Pyrénées. Ainsi, son admission quelques mois auparavant au sein de la Real Academia Española donna lieu à d'élogieux commentaires dans le prestigieux Journal encyclopédique de Bouillon, né dans cette France où d'aucuns se demandaient encore « Que doit-on à l'Espagne ? Et depuis deus siècles, depuis quatre, depuis dix, qu'a-elle fait pour l'Europe ? » 33 . Les éditeurs du Memorial literario, qui avaient reproduit dans leur numéro du mois de mai le discours prononcé par la fille des marquis de Montealegre et comtes d'Oñate lors de son entrée au sein de la prestigieuse institution, ne manquèrent pas de faire référence au « singulier éloge » rendu à la noble dame par leurs confrères français qui, faisant fi de tous préjugés, avaient salué avec le plus grand respect l'élévation de la jeune femme, o combien méritée, au rang des « plus grands Savants de sa Nation » 34 . Et c'est fort logiquement qu'ils reprirent la plume au mois de juin pour rendre compte cette fois-ci de son accession au titre de docteur, jamais obtenu jusqu'alors par une représentante du beau sexe 35 . L'article de quelque 31 pages s'ouvrait sur une introduction aux accents patriotiques où les rédacteurs s'érigeaient en défenseurs des Lettres espagnoles, à leur grand désespoir, trop souvent décriées non seulement pas les étrangers mais, pis encore, par certains de leurs compatriotes ignorant ou oubliant que leur patrie avait fourni de tous temps nombre de brillants esprits et avait vu naître, par ailleurs, « une kyrielle de femmes illustres » 36 qui avaient servi avec bonheur la Littérature au sens large du terme. Ils en voulaient pour preuve l'imposant catalogue d'érudites qu'ils offrirent à leurs lecteurs en parcourant l'histoire nationale et en remontant jusqu'au temps des Rois Catholiques. Pour ce qui est de leur siècle, qui ne demeurait pas en reste, ils se contentèrent de puiser dans le vivier que leur offrait le règne de Charles III ce qui leur permettait, tout en se nourrissant de l'actualité la plus récente (et sans doute la plus parlante pour le public), de rendre hommage par la même occasion à la politique culturelle menée par le monarque et ses ministres. Et, sacrifiant à la bienséance (ou faudrait-il dire à l'adulation ?), ils placèrent en tête de leur énumération (qui ne se voulait pas exhaustive) l'infante Carlota Joaquina dont le mariage était encore dans toutes les têtes. Suivaient les noms de doña Catalina de Castro, doña Mariana Alderete (marquise de la Rosa del Monte), doña María del Rosario Cepeda, doña Teresa González, doña Escolástica Hurtado, doña María Antonia Fernanda de Tordesillas et de doña Josepha Amar y Borbón dont ils évoquèrent les principaux travaux avant d'en venir à celle qui devait retenir toute leur attention, doña María Isidra Quintina de Guzmán y la Cerda. Son lignage, sa jeunesse, son érudition et son intelligence, le brio avec lequel elle avait passé ses examens pour l'obtention du doctorat, ainsi que sa sagesse et sa modestie en faisaient, soulignaient-ils, un être exceptionnel à de multiples égards, une « héroïne des Lettres, non seulement de ce temps, mais de tous les siècles, de toutes les Universités et de toutes les nations » 37 . Cette longue entrée en matière étant faite, les rédacteurs du Memorial literario, endossant avant la lettre l'habit de reporter, se firent fort de rendre compte (avec un surprenant sens du détail) de l'événement dont l'université d'Alcalá de Henares et la ville toute entière furent le théâtre du 3 au 6 juin 1785. Et c'est pas à pas qu'ils suivirent la docte jeune fille sur le chemin qui devait la conduire au titre de docteur. Ils témoignèrent du chaleureux accueil dont l'impétrante et sa famille bénéficièrent lors de leur arrivée, le 3 juin, à six heures de l'après-midi. Ils retranscrirent le discours qui leur fut alors adressé au nom de l'Université par D. Juan del Valle López de Salazar ainsi que la réponse formulée par Doña María Isidra. Ils indiquèrent au lecteur quels furent les sujets tirés au sort le 4 juin par la candidate pour la leçon qui devait avoir lieu le lendemain dans l'Eglise de l'Université, seule capable d'accueillir le nombreux public attendu. Plus de 6 000 personnes, dont certaines venues des villes environnantes, auraient assisté à l'acte. Notons que selon le Censo de Floridablanca la ville comptait, en 1787, 6 633 habitants ! Bien évidemment les examens auxquels fut soumise la candidate le 5 juin au matin donnèrent lieu à un compte rendu circonstancié, tout comme la très solennelle cérémonie qui se déroula le 6 juin et au cours de laquelle Doña María Isidra obtint officiellement le titre de docteur ès-Lettres et Philosophie et fut faite, par ailleurs, professeur honoraire de Philosophie moderne et Conseillère à vie de l'Université d'Alcalá de Henares, honneur pourtant réservé jusqu'alors aux seuls docteurs en Théologie, Droit Canon, Droit civil ou Médecine. Se faisant écho du concert de louanges prodigué par les autorités universitaires à celle qu'ils venaient d'accueillir en son sein, les rédacteurs n'hésitèrent pas à reproduire en outre les discours prononcés à cette occasion par Don Juan Francisco del Valle López de Salazar ( consiliario y orador mayor de l'Université), qui officiait en tant que paranymphe et panégyriste, puis par le Chancelier de cette même institution, D. Pedro Diaz de Rojas. Tous deux soulignèrent le caractère singulier de l'événement qu'il leur était donné de vivre. Le premier acheva son intervention en espérant que les jeunes gens des deux sexes, stimulés par le « singulier exemple » 38 que leur offrait Doña María Isidra, s'efforceraient de suivre la voie qu'elle avait tracée. Le second, pour qui ce fait sans précédent (« ¡Exemplo nunca visto, nunca oído ! » battait en brèche les « tenaces préjugés » de ceux qui affirmaient sans ambages que « la fraction la plus élevée de la République n'appréciaient pas les lettres » 39 ou que beau sexe et études ne faisaient pas bon ménage, se plut à souligner que les qualités intellectuelles de la jeune femme surpassaient de très loin celles de nombre d'éminents professeurs 40 . Celle qui fit battre le cœur de la ville d'Alcalá de Henares pendant quatre jours durant (qu'on la regardât avec les yeux de Chimène ou avec ceux de la vulgaire curiosité, comme on l'eût fait avec une bête de foire) méritait bien l'insertion dans le Memorial literario d'une gravure. C'est ainsi que les éditeurs du journal firent précéder leur article, non pas d'une mais de deux planches pleine page, œuvre cette fois de José Giraldo 41 . La première, qui, à n'en pas douter ravirait les amateurs d'estampes fines, devait permettre aux lecteurs les plus curieux d'associer un visage à « l'héroïne des Lettres ». Son portrait en buste, logé dans un médaillon, fut réalisé afin de commémorer l'événement. Vêtue d'une robe particulièrement sobre (peu appropriée pour une jeune fille de son âge mais de mise pour la circonstance), elle portait l'épitoge et le mortier reçus lors de l'obtention du titre de docteur et tenait entre ses mains un livre ouvert où étaient indiquées les branches du savoir dans lesquelles elle s'était illustrée (« PHILOSOPHIA HUMANIORES LITTERE »). La dimension symbolique du portrait était renforcée par la présence au pied du médaillon, sur la gauche, d'un encrier et d'une boîte à sable, sur la droite, d'une pile de livres, attributs qui seyait particulièrement à une femme de savoir s'étant distinguée en outre par ses talents de traductrice et l'élégance de sa plume. Ce même médaillon était couronné par un cartouche où figurait en lettres capitales l'inscription : « CAUSARUM COGNITIO » ainsi que par sept étoiles dont irradient des faisceaux d'une resplendissante lumière, celle qui naît de la connaissance et de l'esprit. Enfin la légende permettait d'identifier le personnage qui « reçut le titre de docteur ès-Lettres et Philosophie par l'Université d'Alcala le 6 juin 1785 à l'âge de 17 ans » 42 . En regard du portrait, fort avantageux (du moins si on le compare à celui réalisé par Joaquín Inza y Aínsa pour la même occasion 43 ), étaient représentés l'avers et l'envers des médailles en argent dont l'Université avait gratifié la jeune femme et sa famille. Y était représentés sur une face le mortier et une couronne de laurier, « fruit d'un travail assidu » (« Assiduo parta labore »). Sur l'autre était gravée l'inscription : « A ? / EXC. D. D. MARIA / ISIDORA DE GUZMAN / ET A CERDA / HUM. LIT. ET PHILOS. / DOCT. / COMPLUT. ANNO / MDCCLXXXV ». Par le recours à l'image (peu utilisée en raison du surcoût généré), les rédacteurs du Memorial literario rendaient à leur tour un hommage appuyé à une jeune femme hors du commun, dont la flamboyante réussite intellectuelle honorait l'Espagne et devait être mise au crédit de la politique culturelle du monarque, ce qu'ils ne manquèrent pas de souligner en reproduisant le texte des ordres royaux qui, promulgués les 20 avril et 7 mai 1785, avaient permis à une représentante du sexe faible de faire son entrée, au grand dam de certains, dans un univers jusqu'alors réservé aux seuls hommes. Dans le débat passionné qui s'ouvrait alors sur la condition féminine et le rôle des femmes dans la société civile, les éditeurs du journal avaient clairement pris fait et cause pour leurs contemporaines en leur reconnaissant le droit à l'instruction. De fait, ils se firent en plus d'une occasion le chantre des plus éclairées d'entre elles. Au mois de novembre de la même année, ils publièrent un supplément au florilège de femmes illustres qu'ils avait proposé en préambule à leur article sur Doña María Isidra Quintina de Guzman y la Cerda 44 . La nécrologie consacrée en mai 1786 45 à Doña María Francisca Irene de Navia y Bellet, marquise de Grimaldo (dont l'éducation avait été confiée à Bernardo Ward et qui avait mis très tôt sa plume au service de la traduction et de la poésie) fut l'occasion d'affirmer que les femmes bien nées étaient tenues de s'appliquer aux Lettres, les parures de l'esprit étant préférables à toutes les autres et devant être leur principal atour 46 . Ne se contentant pas de poser les bases d'une galerie de femmes savantes, ils leur cédèrent volontiers la parole et publièrent notamment les écrits de Doña Josefa Amar y Borbón, dont le célèbre Discurso en defensa del talento de las mujeres… 47 , après avoir rendu compte de la joute qui opposa Jovellanos et Cabarrús sur l'épineuse question de l'admission des femmes au sein de la Société Economique des Amis du Pays de Madrid 48 . Comme ils le soulignèrent dans leur introduction à ce discours, l'heure était venue d'entendre la voix du beau sexe 49 . Le sujet, à caractère polémique et d'une brûlante actualité, était de nature à passionner le public. Les mémorialistes en étaient parfaitement conscients et n'ignoraient pas que les femmes éclairées, lectrices potentielles du journal, apprécieraient l'intérêt tout particulier qui leur était porté et ne pouvaient qu'être touchées par l'hommage exceptionnel rendu à Doña María Isidra Quintina de Guzmán y la Cerda. c) Chronique d'une catastrophe : la Plaza Mayor de Madrid en proie aux flammes Parmi les événements d'actualité ayant profondément marqué les esprits et susceptibles donc de passionner les lecteurs, figurait également le terrible incendie qui ravagea la Plaza mayor de Madrid en août 1790. Les éditeurs du journal, qui, par ailleurs, s'étaient engagés (dans un avertissement aux souscripteurs publié en janvier 1785) à rendre compte des incendies qui se déclareraient 50 , ne pouvaient demeurer silencieux face à cette tragédie qui plongea les madrilènes dans l'émoi et dont le retentissement eut tôt fait d'acquérir une dimension nationale 51 . Réagissant immédiatement, les mémorialistes consacrèrent à l'événement pas moins de quatre articles publiés en août, septembre et décembre 1790. Le premier d'entre eux (« Noticias del incendio de la Plaza mayor de Madrid que empezó en la noche del 16 de agosto » 52 ), paru alors que le feu n'était pas encore maîtrisé, couvrait pas moins de 25 pages. Agissant comme d'authentiques reporters, les rédacteurs se firent fort d'informer leurs lecteurs avec la plus grande précision sur l'évolution de l'incendie et les terribles dégâts causés par celui-ci ainsi que sur l'organisation des secours, mettant par là même en évidence le zèle déployé par les autorités et la mobilisation générale qui s'ensuivit. S'appuyant sur des exemples concrets, ils rendirent un hommage appuyé à tous ceux qui, parfois au péril de leur vie, combattirent le feu et attirèrent l'attention du public sur le grand élan de solidarité qui se mit rapidement en place. C'est ainsi qu'ils consacrèrent tout un article 53 à l'action caritative déployée par le duc de Medinaceli qui, profondément touché par la détresse des sinistrés, « sacrifia une partie de ses biens » 54 (plus de 100 000 réaux) pour venir en aide à ses concitoyens. Ils offrirent moult détails sur la collecte générale lancée par les autorités afin de créer un fonds de solidarité et livrèrent à leurs lecteurs la liste complète des individus nommés dans chacun des quartiers de la capitale pour recueillir les dons 55 . Ils ne manquèrent pas non plus de rendre hommage à la générosité dont fit montre en la circonstance la famille royale qui, immédiatement, offrit 1 450 000 réaux (soit un peu moins de la rente annuelle de l'évêché de Saint Jacques de Compostelle, l'un des plus riches d'Espagne) pour venir en aide aux victimes de l'incendie. S'érigeant en porte-parole du gouvernement, ils contribuèrent à la diffusion de divers bans, édits et avis en relation directe avec le drame survenu 56 . Conscients des inquiétudes de tous types générées par l'incendie, ils publièrent également le rapport élaboré à la demande du Marquis de Santa Cruz par Pedro Gutiérrez Bueno (chimiste renommé) sur la salubrité de l'air de la Plaza Mayor 57 . Ces informations foisonnantes étaient certes du plus grand intérêt pour ceux qui avaient été directement touchés par le drame mais elles étaient également destinées à un bien plus large public qui trouvait dans la presse le moyen d'épancher sa curiosité. De fait, l'impact causé par le drame fut tel que dans les semaines qui suivirent la catastrophe, diverses gravures permettant d'apprécier l'étendue du désastre virent le jour pour le plus grand bonheur des amateurs d'estampes (certaines étant d'une qualité indéniable 58 ) ou tout bonnement des curieux. Dès le 31 août 1790 la Gaceta de Madrid annonçait la vente à Madrid dans la librairie d'Escribano et dans le kiosque de la Gaceta (rue de Toledo) d'un plan de la Plaza mayor après l'incendie accompagné d'une brève exposition des faits et d'une notice historique relative aux incendies qu'elle avait précédemment subis, plan qui pouvait aisément être adressé par voie postale et produirait le plus bel effet une fois encadré 59 . Le 7 septembre la Gaceta faisait savoir qu'une gravure représentant les ruines de la place agrémentée d'une légende pouvait être acquise dans trois villes de province, Séville, Valence et Barcelone et pouvait également être envoyée par courrier 60 . Le 10 du même mois la gazette notifia que l'on pouvait se procurer à Madrid et à Cadix une estampe rendant compte des dégâts causés le premier jour de l'incendie 61 . Bien d'autres annonces de ce type furent publiées dans la Gaceta de Madrid et dans d'autres périodiques, y compris de province, dont la Gaceta de Barcelona 62 . Et ce n'était là qu'un début. Comme on peut s'en douter, le Memorial literario ne fut pas le seul périodique à rendre compte de ce drame qui défraya la chronique à Madrid et en province. C'est ainsi que le Diario de Valencia , par exemple, publia entre le 25 août et le 5 septembre cinq articles en rapport direct avec la catastrophe qui s'était abattue sur la capitale 63 . Mais le Memorial literario fut sans doute le seul à offrir à ses lecteurs une gravure pour illustrer ses propos. Le caractère exceptionnel de l'événement méritait bien un tel sacrifice qui, par ailleurs, ne pouvait qu'accroître les ventes du journal. Toutefois, les rédacteurs, se laissant porter par la gravité du sujet (à moins que ce ne fût par simple souci d'économie) firent le choix de la sobriété. Alors que bien d'autres possibilités s'offraient à eux, c'est un plan de la Plaza Mayor et de ses alentours qu'ils proposèrent à leurs lecteurs. Ledit plan, sous forme de dépliant (18 x 21 cm) et agrémenté d'une légende fort détaillée (« Explicación del plano » 64 ), permettait de localiser aisément le foyer initial de l'incendie et les zones touchées par le feu ainsi que celles détruites, dans les mêmes circonstances, en 1631 et 1672. Fuyant le sensationnalisme et évitant toute forme de voyeurisme, les mémorialistes en ayant recours à l'image ne jouèrent pas ici la carte de l'émotion mais celle de l'information au sens strict du terme. De manière significative, c'est à la suite du rapport établi par Pedro Gutiérrez Bueno, en sa qualité de chimiste, que fut annoncée la gravure fournie en complément du numéro de septembre. Quel que pût être l'effet causé par la seule présence d'une illustration, les mémorialistes s'inscrivaient ici dans une démarche qui se voulait essentiellement utile et dans le processus de réflexion qui s'amorçait alors sur les moyens de prévenir et combattre les incendies 65 . d) La représentation du monstrueux Toutefois les rédacteurs du Memorial literario ne se montrèrent pas toujours aussi pudiques dans le traitement de l'information et n'hésitèrent pas, dans certains cas, à renforcer la force du verbe par le choc tapageur des images. Ce fut notamment le cas dans le numéro du mois d'avril 1789 (partie I) où figurait « La Relación de una niña monstruosa nacida en Barcelona en este corriente año » 66 . Il y était question d'une enfant à deux têtes, née prématurément (au sixième mois de gestation) dans l'après-midi du 22 février et morte seulement quatre heures après avoir vu le jour. L'avortement s'étant produit dans sa juridiction, Don Antonio de Tudó (membre du Conseil de S.M. et Alcalde de la Real Audiencia ), pour qui « l'observation rigoureuse de tels phénomènes sert au plus au point la Médecine Morale et légale » 67 , avait tenu à ce qu'une gravure représentant l'enfant (la plus fidèle possible) fût réalisée au plus vite, tâche qu'il confia à deux artistes confirmés, le peintre Pedro Pablo Montaña et le graveur Pascual Moles. Le premier devait intervenir en tant que dessinateur, le second en sa qualité de graveur 68 . Il chargea par ailleurs deux médecins (Francisco Salvá et Francisco Samponts) et deux chirurgiens (Domingo Vidal et Antonio Sangerman) de procéder à la « scrupuleuse dissection anatomique du petit cadavre » 69 . Le rapport établi en la circonstance par les quatre spécialistes, de type purement descriptif, fut reproduit à l'état brut dans le Memorial literario . Plutôt que de se livrer à de prolixes commentaires qui auraient pu lasser le commun des lecteurs (vraisemblablement plus sensible à l'aspect monstrueux de l'enfant qu'à la dimension scientifique de l'événement) les publicistes, s'en remettant au pouvoir de l'image, préférèrent tout bonnement compléter l'article par la gravure réalisée par Moles qui permettrait à tout un chacun de contempler l'enfant bicéphale qui, encore munie de son cordon ombilical, reposait paisiblement sur un linge, son buste étant rehaussé au moyen d'un opulent coussin. Et ils n'hésitèrent pas en la circonstance à opter pour un format (14 x 20 cm) très supérieur à celui du périodique. Ce geste, que l'on pourrait qualifier de hautement commercial, ne fut certainement pas pour déplaire à un public toujours friand de ce type de curiosités. En témoigne, par exemple, l'annonce parue dans le Diario de Madrid du 23 mai 1791 qui faisait état de la vente à Madrid d'une gravure représentant un « Monstre de la Nature » né près de Turin, privé de mains et de pieds mais doté au niveau de la cuisse d'un doigt dont il usait avec une surprenante dextérité 70 . De fait, l'encart paru dans la Gaceta de Madrid du 14 juillet 1789 ne manqua pas de mentionner que le Memorial literario du mois d'avril incluait un article sur une enfant monstrueuse, née la même année à Barcelone, ainsi qu'une gravure la représentant 71 . Si cette illustration fit le bonheur des amateurs de telles curiosités, le texte (sans doute d'un intérêt secondaire pour ceux-là) suscita une réaction immédiate de la part d'un scientifique exaspéré par les observations évasives de ses confrères qu'il accusait tout bonnement de négligence. Les réflexions adressées par ce lecteur anonyme aux éditeurs du journal furent publiées en août 1789 72 . Le texte, qui s'étalait sur 15 pages, était étoffé de nombreuses notes, de références bibliographiques et présentait un caractère résolument scientifique, n'était assurément pas destiné au tout public. Cependant, sa dimension polémique était de nature à piquer la curiosité des lecteurs qu'ils fussent ou non versés dans la matière. Et l'on conçoit aisément que les éditeurs n'aient pas hésité un seul instant à publier cette lettre qui assurait à leur numéro du mois d'avril une publicité non négligeable d'autant plus que l'auteur avait pris la peine de préciser que l'article incriminé était accompagné d'une gravure 73 . Etait-il meilleur moyen pour inciter ceux qui ne figuraient pas encore parmi les souscripteurs du journal à le devenir ou, du moins, pour les pousser à se procurer le numéro objet de la virulente critique ? L'intérêt que pouvaient susciter de tels sujets amena les mémorialistes à reproduire, dans leur numéro du mois de juin 1789 (soit seulement deux mois après avoir rendu compte du cas détecté à Barcelone), un article tiré de la Gazette de Mexico du 24 février de la même année concernant « un enfant monstrueux » né à Jalpilla en Nouvelle-Espagne 74 . Pedro Antonio de Septien, chargé par la Municipalité de Queretaro de collecter des « informations intéressantes » 75 , susceptibles de contribuer au prestige de la gazette et à en accroître l'utilité, avait fait procéder par un médecin et un chirurgien reconnus (en présence de divers témoins) à l'examen de l'enfant. Le rapport établi à cette occasion offrait divers renseignements sur les parents et incluait évidemment une description détaillée du garçon qui, bien qu'en parfaite santé, possédait « quatre jambes, et autant de pieds, pour un total de 23 doigts, quatre fesses, deux membres virils, deux bourses testiculaires, chacune contenant un seul testicule » 76 . Afin que l'on pût apprécier à sa juste valeur la difformité de l'enfant, Septien, au terme de sa visite, chargea le peintre Joseph María de la Vega de croquer le portrait de ce monstre de la nature en le représentant de face et de dos. A n'en pas douter les mémorialistes, à l'instar de leurs confrères de la Gaceta de Méjico, estimèrent que de telles informations de par leur caractère scientifico-spectaculaire (et sans doute plus spectaculaire que scientifique) étaient de nature à servir leur journal. Aussi, tout comme ils l'avaient fait deux moins auparavant, ils n'hésitèrent pas à avoir une fois de plus recours à l'image. Et c'est ainsi qu'ils complétèrent l'article tiré de la Gaceta par le témoignage graphique (o combien plus parlant) livré par Joseph María de la Vega et offrirent à leurs lecteurs deux gravures pleine page. Comme on pouvait s'y attendre l'annonce publiée dans la Gaceta de Madrid et où était détaillé le contenu du numéro du mois juin n'omit pas d'en faire état. 77 Quelques mois plus tard, l'actualité offrit aux éditeurs une nouvelle occasion d'exploiter la juteuse veine du spectaculaire. Le 4 octobre 1789 trente deux poissons de grande taille s'étaient échoués, suite à une violente tempête, sur les plages de Puerto de Fangar et y avaient péri sous les yeux ébahis de plusieurs personnes du voisinage alertées par leurs cris stridents. L'article, publié dans le Memorial literario du mois de novembre, sous le titre « Histoire naturelle », était particulièrement bref 78 . Il ne couvrait qu'une page et demi, ce qui n'était guère dans les usages de la revue. Il s'agissait en fait davantage d'une annonce que d'un article. L'accent y était mis sur les dimensions hors normes de ces extraordinaires spécimens que les témoins pensaient n'avoir jamais vu en Méditerranée et provenaient sans doute de l'Océan 79 . En réalité tous les regards devaient se porter sur la gravure (une reproduction de l'estampe diffusée à Barcelone et dont le format avait été adapté à celui du journal 80 ) qui précédait l'article et représentait cette autre curiosité de la nature. En la circonstance le texte de par sa concision était secondaire et se bornait (tel une légende) à illustrer l'image, plus parlante et bien plus spectaculaire que le verbe. Comme le soulignèrent en octobre 1808, avec un soupçon d'ironie, les rédacteurs de Minerva, o el Revisor general en évoquant l'imminente venue à Madrid d'un « monstrueux éléphant », « en attendant d'avoir le plaisir de le voir, on nous en vendait divers portraits pour le plus grand bénéfice de notre curiosité et de la bourse des graveurs » 81 . La diffusion de telles estampes n'avait d'autre but que d'accroître la curiosité du public qui aurait tout loisir par la suite d'observer la « bête difforme » dans une maison de la rue Barquillo moyennant une « modique contribution de 8, 6 ou 4 réaux selon que l'on fût assis ou debout, au premier ou au second rang » 82 . Ce qui relevait du monstrueux ou du spectaculaire pouvait être source de confortables gains et c'est là une réalité qui, de toute évidence, n'avait nullement échappé aux mémorialistes dont la survie dépendait de leur capacité à séduire le public. L'image comme instrument pédagogique a) La gravure au service de la divulgation scientifique Si les éditeurs, à des fins essentiellement commerciales, succombèrent parfois à la tentation du sensationnalisme, notamment dans le traitement des trois derniers sujets, où la dimension scientifique n'était que leurre ou prétexte, ils surent également mettre l'image au service de la divulgation scientifique. Dès lors il ne s'agissait plus d'éblouir le public, mais de faire, dans la mesure du possible, œuvre utile. La rubrique mathématique donna lieu à quatre reprises à l'insertion d'illustrations qui, de par leur sobriété ou leur caractère rudimentaire, ne sont en rien comparables à celles précédemment évoquées. Comme nous l'avons déjà signalé le « Problème mathématique » publié dans le numéro du mois d'août 1785 était certes accompagné d'un dépliant (fourni par l'auteur), mais y étaient représentés deux schémas d'une simplicité dérisoire 83 . Et les éditeurs ne jugèrent pas même utile d'en faire état dans l'annonce parue dans la Gaceta de Madrid du 25 octobre 84 . Quant aux articles publiés en février et août 1788 sur la quadrature du cercle (sujet objet de plusieurs livraisons 85 ), ils incluaient chacun une ou deux figures géométriques de format réduit, insérées directement dans le corps du texte et dont la fonction première était de faciliter la compréhension des démonstrations proposées 86 . Les mathématiques ne se prêtaient évidemment pas à la moindre fantaisie iconographique, mais d'autres sujets, également de nature scientifique, devaient permettre aux éditeurs du Memorial literario de combiner avec plus de faste texte et image. Ce fut notamment le cas lorsqu'ils publièrent en mai 1786 les observations astronomiques de Pedro Alonso Salanova y Guilarte concernant le passage de Mercure dans le disque solaire survenu le 4 de ce même mois 87 . Le volumineux article (47 pages) offrait force détails sur le matériel utilisé par Salanova et Joseph Antonio Valderrayn (« un brillant jeune homme, passionné d'astrononie » 88 ), rendait compte avec la plus grande précision du phénomène observé et était accompagné d'une planche où, par souci d'économie, avaient été regroupées diverses figures 89 , également objet de commentaires nourris, essentiellement destinés à éclairer un public non averti. Le recours à l'image s'inscrivait ici dans une démarche tout à la fois scientifique et pédagogique. A n'en pas douter Salanova avait à cœur de toucher un auditoire ne se limitant pas à une poignée d'érudits ou à quelques spécialistes. C'est pourquoi il avait choisi la presse pour faire connaître ses travaux. Un article paru dans la Gaceta de Madrid en date du 19 mai 1786 et offrant un exposé relativement concis de ses observations annonçait d'ailleurs la parution imminente dans le Memorial literario d'une relation bien plus détaillée 90 . Salanova caressait par ailleurs l'espoir que, grâce à ce vecteur de diffusion « grand public », ses propos trouveraient quelque écho à l'étranger, toujours prompt à se gausser d'une Espagne scientifiquement à la traîne 91 . Les rédacteurs du Memorial literario , soucieux de faire œuvre utile et de contribuer au rayonnement culturel de la Péninsule, n'hésitèrent pas à publier les réflexions de Salanova qui se devaient d'éclairer le public sur la science des astres. Pourtant, le texte, de par sa longueur et son rigorisme scientifique n'était pas, malgré les efforts de l'auteur pour se mettre à la portée des simples curieux, de nature à enthousiasmer le commun des lecteurs. Et que dire des quatre pages de distiques en latin à la gloire de l'astronomie et de son chantre qui, nés de la plume de Valderrain, parachevaient l'article ! Ceux qui purent trouver l'article quelque peu aride ou fort éloigné de leurs préoccupations durent néanmoins apprécier la présence de l'estampe destinée à renforcer la dimension scientifique du discours, à en clarifier la teneur, mais également à séduire les amateurs de gravures. En dépit de ces coquetteries érudites destinées en partie à asseoir la qualité scientifique de la revue et à flatter un public soucieux de marquer son appartenance à une élite culturelle, les éditeurs du journal privilégièrent bien souvent les sujets offrant un intérêt pratique immédiat pour l'ensemble de la population. D'où, par exemple, la publication de divers articles concernant l'électricité et en particulier celle produite par les éclairs source de bien des drames. Cette thématique leur offrit à deux reprises l'occasion d'avoir à nouveau recours à l'image. La tempête qui s'abattit sur Madrid dans la nuit du 10 août 1786 donna lieu dans le numéro de ce même mois à une description minutieuse de la part des rédacteurs 92 . Ils insistèrent tout particulièrement sur les dégâts causés par la foudre en divers points de la capitale et, partant de cet événement tiré de l'actualité la plus récente, se livrèrent à différentes réflexions sur l'atmosphère visant à établir l'origine des tempêtes et des éclairs avant de céder la parole à un expert : Pedro Antonio de Salanova y Guilarte. Ce dernier, qui comptait au nombre de leurs amis, les autorisa à reproduire une partie de son Historia natural físico-química de las Tempestades y explicación de todos sus fenómenos y meteoros por las leyes de la electricidad, Magnetismo y fermentación 93 . Le fragment choisi contenait divers conseils pratiques permettant de se préserver de la foudre, la présentation d'un électromètre de son invention pouvant également servir de paratonnerre ainsi qu'une gravure représentant l'appareil. Cette dernière, objet de commentaires nourris et dont la fonction était cette fois-ci essentiellement utilitaire, devait permettre à qui le souhaiterait de construire ledit instrument. La « Relación del feliz suceso de los Pararrayos del almacén de pólvora del Castillo de Monjuich de Barcelona, llamado San Felipe, en el rayo que le cayó en la madrugada del día 14 de este mes », publiée dans le numéro de septembre 1787 94 , s'inscrit dans la même logique et reproduit peu ou prou le même schème. L'article n'est pas signé, mais est également l'œuvre d'un scientifique, Salvà y Campillo, qui collabora à plusieurs reprises avec le Memorial literario 95 ). Ce dernier, qui avait été chargé d'inspecter le dépôt de poudre de Monjuïc afin d'évaluer la nature et l'ampleur des dégâts causés par la foudre lors de la tempête survenue quelques jours auparavant, le 14 septembre, livra aux lecteurs du journal le fruit de ses réflexions et leur offrit notamment une description minutieuse du paratonnerre dont l'édifice avait été muni (suite à un ordre royal de 1781). Pour une « meilleure compréhension des propos rapportés » 96 le texte était accompagné d'une planche où figuraient deux croquis: le premier représentait le paratonnerre grâce auquel une catastrophe majeure avait été évitée, le second en indiquait l'emplacement sur le plan du dépôt. La planche, en regard de laquelle se trouvait une légende détaillée, offrait là encore une dimension pragmatique et se voulait au service de la divulgation scientifique, l'objectif étant d'attirer l'attention du public sur le paratonnerre qui, soulignait Salvà, permettait à tout un chacun de se « défendre contre les funestes ravages causés par la foudre » et constituait, de ce fait, « l'une des découvertes les plus utiles pour le genre humain » 97 . Les éditeurs du Memorial literario publièrent également en février 1797 un article à caractère scientifique où il était fait mention de la présence d'une gravure. Le texte, comme stipulé dans le titre, Memoria en que se trata del insecto grana o cochinilla, de su naturaleza y serie de su vida, como también del método para propagarla , y reducirla al estado en que forma uno de los ramos más útiles del comercio, escrita en 1777 por el Autor de la Gazeta literaria de Méjico 98 , avait été élaboré vingt ans auparavant. Néanmoins, ce mémoire fruit des réflexions de José Antonio Alzate (un prêtre qui avait servi avec passion les sciences et la presse 99 ), renvoyait à une actualité relativement récente. En effet, cette étude avait été publiée par livraisons successives dans la Gazeta de Literatura de Méjico entre février et août 1794 100 et avait été rééditée, cette fois sous forme de livre, à Madrid en 1795 101 . Les éditeurs du Memorial literario, en choisissant de faire découvrir ce texte (du moins partiellement) à leurs lecteurs et en lui assurant une publicité certaine, ne pouvaient déplaire à son auteur qui, soucieux d'ouvrir les portes de la science à un large public, avait choisi à maintes reprises la presse pour contribuer à la divulgation de ses travaux. « Les hommes [déclarait Alzate en guise d'introduction], généralement reclus dans leurs maisons ou aveuglés par des pensées visant à accroître leur fortune, ne daignent aucunement porter le regard sur un petit insecte : arrivés en un lieu, leur première, voire leur unique préoccupation est de recenser les édifices publics et de déterminer les moyens qui leur permettront de bâtir ou d'accroître leur richesse, sans réaliser que le plus insignifiant des êtres vivants recèle dans sa constitution organique bien plus de merveilles que l'ensemble de toutes les œuvres, modernes et anciennes, fabriquées sous la direction des mortels. Le Temple du Vatican, le Palais de Versailles, prodigieux effets de l'Architecture et du pouvoir, peuvent-ils être comparés à la fabrication du misérable petit corps d'une puce ? L'histoire naturelle ne présente pas à première vue les ressources requises pour faire fortune ; mais le plaisir qui naît de la contemplation de toute production, procure à l'âme une jouissance que ne peut expliquer que celui qui en fait l'expérience ; c'est une source de richesse inépuisable, qui sert de récréation en tous temps et tous lieux, lorsque l'on maîtrise les principes et le dialecte de l'Histoire naturelle. Le terrain le plus aride offre la possibilité de se divertir aisément : je peux assurer, pour l'avoir observé y compris chez des individus en proie à la plus grande indolence, qu'après avoir lu quelques paragraphes de la célèbre Histoire des Insectes, écrite par M. Réaumur, du Dictionnaire d'Histoire naturelle, ou de quelques autres livres, ils ne pensent qu'à lire l'œuvre dans sa totalité » 102 . Et c'est tout autant à la communauté scientifique qu'à ce public peu versé en la matière, ignorant d'un univers regorgeant de merveilles insoupçonnées, qu'Alzate s'adressait. Le texte paru dans le Memorial literario incluait pages 190-191 l'explication d'une planche (« Explicación de la lámina primera ») qui regroupait sept figures permettant de visualiser la cochenille (mâle et femelle) à divers stades de son évolution. Cette estampe gravée par Agüera à partir des dessins fournis par l'auteur (qui avait utilisé pour observer l'insecte un microscope de son invention) figurait dans l'original en version colorisée et fut également reproduite dans l'édition de Sancha 103 . Le recours à l'image, au nom de la rigueur scientifique et de la clarté de l'exposition, ne pouvait être éludé. Ainsi Alzate avait-il précisé lors de la première livraison de son étude, dans une note conclusive : « Dans le numéro suivant seront publiées deux estampes afin d'éclairer ce qui est dit dans le mémoire et de permettre aux Lecteurs d'apprécier la constitution organique de la cochenille » 104 . Il honora sa promesse. Mais, tributaire des contingences économiques, il ne put se montrer aussi prolixe qu'il l'aurait souhaité. De fait, après avoir annoncé peu avant de conclure la publication de son étude qu'il fournirait à son public deux autres estampes 105 , il dut se résoudre à regrouper l'ensemble des figures prévues sur une seule planche et à en réduire le format car, confessait-il : « la Gazette de Littérature, qui fait difficilement face aux frais d'impression, doit économiser le plus qu'elle peut » 106 . Et c'est vraisemblablement par souci d'économie que les éditeurs du Memorial literario (qui n'avaient pas eu recours à l'iconographie depuis septembre 1790 et devaient connaître une nouvelle interruption en décembre 1797) renoncèrent à publier l'estampe commentée par Alzate dans leur numéro de février 1797. Du moins n'en avons nous trouvé trace dans aucune des collections consultées. Par ailleurs, l'annonce de la Gaceta de Madrid détaillant le contenu de ce même numéro n'y fait, contrairement à l'usage, pas la moindre référence 107 . b) Des vertus pédagogiques de la caricature ou l'image au service de la morale Faisant feu de tout bois et s'en remettant aux vertus édifiantes du comique et du grotesque, lucarne ouverte sur la nature profonde de l'homme, les mémorialistes eurent également recours à la caricature. Comme bien d'autres publicistes éclairés, ils se faisaient fort de dénoncer les vices de la société qui était la leur et les faiblesses humaines. L'article biographique qu'ils consacrèrent en juin 1805 à l'un de leurs contemporains, John Elwes 108 , s'inscrivait dans cette logique et se voulait une diatribe contre l'avarice. Ce britannique, dont ils retracèrent avec facétie la trajectoire de son premier à son dernier soupir, était un personnage « extravagant » et « singulier » 109 , mais qui n'en demeurait pas moins archétypique. Il méritait bien (soulignèrent-ils en introduction) « d'occuper le tout premier rang parmi ces pauvres riches qui se privent du plus strict nécessaire pour laisser d'immenses richesses à leurs héritiers, après avoir été ridiculement esclaves de leurs trésors » 110 pour conclure, sur un ton moralisateur : « Il vécut pour accumuler des trésors, et de fait y parvint ; mais plus ces derniers croissaient et plus son inquiétude croissait et plus il était malheureux. Plaise à Dieu que cet exemple puisse servir de leçon fort instructive à tous les avares ! Pour jouir de l'argent, il est nécessaire de posséder un autre secret que celui de l'accumulation, et ce secret consiste à ne pas désirer l'or qui rend esclave et dégrade l'homme, à en jouir sans prodigalité, à le rechercher sans passion ; à se contenter du nécessaire et à user du superflu pour venir en aide aux nécessiteux » 111 . Mais afin d'accroître la portée et l'efficacité de leur message, ils doublèrent ce portait narré d'un portrait iconographique, gravé par Miranda 112 . L'estampe, livrée à la curiosité des lecteurs (en ouverture d'article et en pleine page) représentait, bourse en main, en chair et surtout en os, le tourmenté Elwes dont le visage, soulignaient les éditeurs, constituait « une preuve criante de la véracité de tout ce qui avait été dit sur lui » 113 . Le texte et la gravure (tous deux satiriques) se complétaient avec bonheur pour servir un même objectif : la critique de l'avarice. Il serait sans doute abusif d'établir un parallèle entre cette estampe et le Caprice n° 30 de Goya (Pourquoi les cacher ? / ¿Por qué esconderlos? ), qui porte également sur ce sujet, même si le désespoir de l'avare portraituré par l'illustre peintre est aussi celui du malheureux Elwes. De toute évidence, les éditeurs du Memorial literario, à l'instar de Goya, étaient convaincus que « la censure des erreurs et des vices humains (bien qu'elle semble propre de l'éloquence et de la poésie) peut également être le fait de la peinture » 114 . D'où le recours une fois de plus au témoignage graphique, à cet éloquent « langage universel ». Mais il ne s'agissait pas seulement en la circonstance de renforcer le poids des mots par l'image ou de faire œuvre utile pédagogiquement parlant. Alors que les mémorialistes venaient de reprendre la plume après plusieurs mois de silence et partaient de nouveau à la conquête de leur public, l'insertion dans les pages du journal d'une nouvelle gravure s'inscrivait dans une stratégie de relance commerciale. Soucieux de souligner, s'il en était besoin le caractère exceptionnel d'une telle démarche, ils ne manquèrent pas de rappeler dans une note de bas de page adjointe au titre de l'article que par cet ajout, « qui ne saurait déplaire au public » , ils respectaient la promesse qu'ils avaient faite « d'insérer de temps à autres quelques planches dans [leur] périodique » 115 . C'était là une manière discrète et efficace de marquer leur différence vis-à-vis de la plupart de leurs confrères et d'aguicher leurs lecteurs en leur laissant entendre que d'autres estampes suivraient. La représentation graphico-patriotique d'une Espagne florissante En fait, les mémorialistes ne s'acquitteront de cette promesse qu'en 1808, époque où, après s'être éclipsés une fois de plus et plusieurs mois durant de la scène journalistique, ils venaient de se remettre à l'ouvrage avec la ferme intention de chanter haut et fort les louanges d'une Espagne trop souvent et injustement décriée par les nations étrangères et en particulier par la France. Renouant avec l'esprit vindicatif des apologistes (dont El Censor s'était largement gaussé en son temps), les rédacteurs n'hésitèrent pas à réactiver de vieilles et douloureuses polémiques en publiant les 10 et 20 janvier 1808 (autrement dit dans les deux premiers numéros de la série) une nouvelle réponse à la fameuse question posée, bien des années auparavant, par Masson de Morvilliers dans l' Encyclopédie méthodique : « Mais que doit-on à l'Espagne? Et depuis deux siècles, depuis quatre, depuis dix qu'a-t-elle fait pour l'Europe ? » 116 . Du haut de leur modeste tribune, ils se faisaient fort de « défendre l'honneur outragé de [leur] nation » 117 , affirmant que le devoir de tout homme de lettres était « d'employer toutes ses connaissances au maintien de la gloire de sa nation, tout comme le militaire se charge de la défendre » 118 . C'est dans cette même perspective, avec une plume certes plus apaisée, mais en faisant fi de la diversité thématique propre de la presse, qu'ils débutèrent en janvier 1808 la publication de la Historia, Estadística y Biografía de Valencia , œuvre qui devait constituer l'essentiel (et parfois la totalité) des 16 premiers numéros de l'année. Leur démarche était résolument patriotique et ils ne manquèrent pas de le rappeler le 30 mars 1808 (soit seulement quelques jours après le Motín de Aranjuez) dans une révérencieuse note adressée au nouveau monarque, Ferdinand VII, dont les responsables de la revue (Andrés de Mora Luzuriaga, Cristóbal de Beña y Velasco et Mariano de Carnerero) espéraient bien s'attirer les grâces. « Si la gloire de notre Nation [affirmaient-ils avec fierté] est celle du Monarque qui la gouverne, et si les progrès de l'entendement, la splendeur des Sciences, l'utilité des Arts, et les délices de la Littérature contribuent à ce qu'il soit craint des étrangers et aimé des siens, nous, qui aspirons à faire revivre les gloires de notre Patrie, et à favoriser les progrès de tous types, nous nous sommes proposés de présenter à la vue du monde une Histoire Economico-Politique de la Péninsule composée de Résumés Historiques, Statistiques et Biographiques, et ne saurions dédier, ces travaux, quels qu'ils soient, si ce n'est à V.M. dont nous attendons du Règne en bonne justice de si nombreux et grands bonheurs. Ayant eu par ailleurs l'honneur que V.M. eût souscrit à ce périodique dès sa création, en tant que Prince, nous ne doutons pas, qu'après avoir ceint la Couronne, vous nous dispenserez en tant que Roi et comme Père votre auguste Protection, et que notre Memorial, avec un si illustre Nom à sa tête, obtiendra un nouveau lustre et deviendra un monument durable qui rappellera à la postérité, outre les Gloires Espagnoles, la bienveillance de V.M. et tout l'intérêt qu'elle accorde aux Lettres » 119 . Pour servir une si noble et importante cause, mais également pour assurer le Memorial literario d'une renaissance flamboyante, ils offrirent à leurs lecteurs, et ce avec une étonnante régularité, diverses estampes d'excellente qualité, dessinées par Antonio Rodríguez et gravées par Pedro Vicente Rodríguez, artistes dont la réputation n'était plus à faire. La première planche (tirée d'un dyptique 120 ), proposée le 30 janvier 1808 en complément de la Idea general de la Huerta de Valencia 121 s'inscrivait dans la plus pure tradition costumbrista. Consacrée aux Trajes de Valencia, elle regroupait quatre estampes représentant un paysan et une paysanne, tels qu'ils étaient vêtus les jours de labeur, puis les jours de fête. La gravure permettait à tout un chacun de visualiser avec précision les tenues décrites dans l'article et offrait une charmante représentation de la vie champêtre en général et en particulier de celle qui avait pour théâtre la fertile Huerta de Valence. Le choix des mémorialistes était particulièrement judicieux. En effet cette illustration relevait d'un genre alors en vogue (non seulement en Espagne mais en Europe), celui des cris et des costumes. On se souviendra notamment que les estampes de la Colección de trajes de España de Juan de la Cruz Cano y Olmedilla 122 (livrées initialement sous forme de cahiers parus entre 1777 et 1788) connurent un énorme succès en Espagne et donnèrent même lieu à des éditions pirates en France et en Allemagne, au plus grand désespoir de l'artiste qui ne goûta guère l'hommage qui lui était ainsi rendu 123 . Par ailleurs, comment ne pas établir un parallèle entre la planche proposée par les éditeurs du journal et celles de la plus récente et bien connue Colección de trajes que en la actualidad se usan en España, principiada en 1801 124 d'Antonio Rodríguez qui de par son importance tant qualitative que quantitative n'était pas à la portée de toutes les bourses. Assurément l'insertion d'une telle gravure ne pouvait que charmer la clientèle du périodique. Mais les mémorialistes, portés par un enthousiasme patriotique (que l'on ne saurait dissocier d'un indéniable à propos commercial), ne s'arrêtèrent pas en si bon chemin. C'est ainsi que le 30 mars et le 30 avril ils offrirent à leurs lecteurs deux nouvelles planches (pleine page et d'une bien belle facture) représentant diverses vues de la ville de Valence : la Ciudad de Valencia vista por el lado del Norte (au format paysage), puis la Vista de la Plaza de Santo Domingo y parte de la Real Aduana et la Vista del Colegio de S. Pío y Llano del Real, extramuros de la Ciudad de Valencia (pour la seconde). Chacune d'elles permettait d'apprécier la beauté architecturale de la ville, reflet de sa prospérité, d'un pouvoir tout à la fois économique et culturel, qui se voulait également celui de l'Espagne éclairée. Du moins tel était le message que souhaitaient diffuser les mémorialistes. La première planche parue dans le numéro 9 (dont la publication fut retardée de quelques jours afin que ladite gravure, en cours d'élaboration, puisse y figurer 125 ), bien qu'elle ne donnât pas lieu à des commentaires spécifiques, complétait judicieusement la « Idea general de la ciudad de Valencia y de su Estadística » 126 . La seconde fut insérée quant à elle dans le numéro 12 où figuraient divers articles sur le Royaume de Valence, mais aucun ne présentait un rapport direct avec l'illustration fournie 127 . La logique eût voulu qu'elle fût également livrée dans le numéro 9 du journal. Mais cette incohérence thématique avait sa raison d'être et ne saurait être imputée à une vulgaire maladresse. De toute évidence les éditeurs du journal firent là un choix purement commercial et stratégique. L'image demeurait un luxe à distiller avec modération. Il s'agissait pour les mémorialistes de doser savamment leurs effets iconographiques afin (coût oblige) de ménager leur bourse mais aussi de créer auprès de leur clientèle un effet d'attente, et donc de les fidéliser 128 . D'où la décision de différer la publication de la seconde planche plutôt que de proposer d'emblée un diptyque. Cette gestion de l'image montre bien que l'iconographie n'était pas au seul service du texte, qu'elle ne se bornait pas toujours à l'illustrer, mais qu'elle pouvait parfaitement se suffire à elle-même, qui plus est lorsque la qualité artistique était au rendez-vous. Les éditeurs, fidèles à cette politique de prestige éditorial et n'hésitant pas à mettre en avant l'étendue des sacrifices pécuniaires consentis pour satisfaire au mieux leur clientèle, confessèrent le 30 mai 1808 qu'ils avaient bien du mal à faire face « aux frais engagés jusqu'alors ». En dépit de ces difficultés, ils s'engagèrent, afin que leurs « Souscripteurs puissent disposer d'une œuvre utile », à fournir dans le prochain numéro « la carte géographique du Royaume de Valence, copiée avec précision de celle dessinée par Cavanilles » 129 . Les circonstances condamnèrent pour quelques mois le périodique à une nouvelle période de silence. Toutefois, lorsque des vents plus favorables leur permirent de reprendre leur course, ils n'oublièrent pas leur promesse comme en atteste l'annonce publiée dans la Gaceta de Madrid du 7 octobre 1808 où ils déclaraient : « les trois numéros qui manquent pour compléter le deuxième trimestre seront livrés conjointement dans les premiers jours d'octobre. Y figurera, bien que les rédacteurs n'y trouvent pas leur compte, le plan géographique de Valence » 130 . Leur détermination à respecter leur engagement, en dépit du surcoût généré, semble montrer que le recours à l'image était devenu à leurs yeux indispensable, non plus un simple luxe, mais une nécessité. En guise de conclusion On peut néanmoins s'interroger sur cette utilisation « intensive » de l'image, en complète rupture avec les pratiques antérieures des éditeurs du journal. Etait-elle simplement destinée à éblouir Ferdinand VII, à le convaincre d'accorder ses faveurs à une publication soucieuse de se démarquer de ce qu'elle avait été sous le règne de ce père qu'il venait de renverser ? A nouveau roi, nouveau Memorial ! S'agissait-il d'un simple artifice au service d'une prestigieuse politique de lancement destinée à enivrer le public, à faciliter sa reconquête après une longue interruption, ou bien encore à affirmer la grandeur de l'Espagne? Faut-il y voir, au-delà de motivations très circonstancielles, la volonté affichée de la part de publicistes, pressentant ce que serait la presse du XIX e siècle, d'aller vers une nouvelle formule journalistique où l'image serait appelée à jouer un rôle prépondérant et ne serait plus considérée, comme un simple instrument d'apparat utilisé occasionnellement, mais comme un complément indispensable du texte ? Il est bien difficile de trancher, car le Memorial literario… , journal des Lumières, disparut avec la Guerre d'Indépendance, catalyseur de profonds bouleversements politiques, sociaux et culturels. Quoi qu'il en soit, et comme nous venons de le voir, les mémorialistes offrirent à leurs lecteurs au cours d'une traversée journalistique qui dura plus d'un quart de siècle un corpus iconographique bigarré, où les gravures d'ornement (destinées à une clientèle sélecte) côtoient des illustrations à caractère utilitaire, scientifique ou pédagogique permettant une meilleure compréhension du texte et le renforçant. Leurs motivations, de toute évidence, ne furent pas toujours désintéressées. Mais en pratiquant l'alliance entre le texte et le burin, jusqu'alors apanage du monde livresque, les rédacteurs du Memorial literario firent montre d'une incroyable modernité qui méritait bien d'être saluée.
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Notes
1 Sur les rédacteurs du Memorial literario voir : URZAINQUI, Inmaculada, « Los redactores del Memorial literario (1784-1808) », in Estudios de Historia Social. Periodismo e Ilustración en España (n° 52/53), Madrid, Centro de Publicaciones del Ministerio de Trabajo y Seguridad Social, 1990, pp. 501-516. 2 A.H.N. (Archivo Histórico Nacional Madrid), Consejos, 11279 (n° 22). 3 Sur ce point voir LARRIBA, Elisabel, Le Public de la presse en Espagne à la fin du XVIII° siècle (1781-1808), Paris, Honoré Champion, 1998, pp. 80-84. 4 « Suscripción », in Diario de Madrid , 30 septembre 1808 (n° 54), p. 293. 5 A notre connaissance les seuls exemplaires de ces numéros du Memorial literario (parus les 10, 20 et 30 octobre ainsi que 10 et 20 novembre 1808) et auxquels nous pensons consacrer une prochaine publication sont conservés à la Bibliothèque de l'Université du Connecticut (SPAN PER 241). Les annonces parues dans la Gaceta de Madrid et le Diario de Madrid en détaillent le contenu. Cf. Gaceta de Madrid du 7 octobre 1808 (n° 132, p. 1271), 28 octobre 1808 (n° 138, p. 1385), 4 novembre 1808 ( n° 141, p. 1430) et du 18 novembre 1808 (n° 145, p. 1510) et Diario de Madrid du 27 octobre (n° 81, p. 437), 31 octobre (n° 85, p. 456) et du 7 novembre (n° 92, p. 490). 6 A.H.N., Consejos, 11 288 (n° 15). L'autorisation de passer à une périodicité quotidienne sollicitée par Mariano Carnerero en décembre 1806, puis en janvier 1807, fut systématiquement rejetée par le Conseil de Castille. 7 En janvier 1784, lors du lancement du Memorial literario, les souscriptions étaient ouvertes dans trois librairies de la capitale : celles de Castillo (en face de la montée de San Felipe el Real), de Bartolomé López (plazuela de San Domingo) et de la veuve de Bartolomé Sánchez (rue de Toledo) [cf. Memorial literario, janvier 1784, note p. 4]. Quelques années plus tard, comme en témoigne le Nuevo plan de suscripción para esta Obra periódica , in Memorial literario…, septembre 1787 (première partie), pp. 3-7, le nombre de points de vente s'était considérablement accru : « Suscripciones para Indias / Los sujetos que se hallan establecidos en las Américas meridional o septentrional, y en las Islas Filipinas, podrán suscribir en Madrid en la librería de D. Antonio del Castillo, en Cádiz en la de D. Antonio Iglesias, y en la Coruña en la de D. Vicente Gutiérrez ; en donde adelantando 190 rs. vn. por la suscripción de un año, o 95 por la de seis meses, se les dará su resguardo, y se remitirán los ejemplares por el correo francos de portes desde Madrid a cualesquiera Ciudad, Villa, o Lugar donde se halle el suscriptor; siendo de nuestro cargo el reemplazar los ejemplares que no hayan podido llegar a su destino, por haber naufragado la embarcación que los conducía. Suscripciones para las Provincias de España y sus Islas adyacentes / Las suscripciones para los que están domiciliados en las provincias de la Península de España, en las Islas de Canaria, Mallorca, Menorca, Ibiza, y las plazas de Ceuta y Orán, se recibirán en las Ciudades siguientes : en Cádiz, en la librería de D. Antonio Iglesias ; en Sevilla en, en la de los Sres. Berard, hermanos y Compañía ; en Granada, en la de D. Juan Joseph Colón ; en Pamplona, en la de D. Joseph Longas ; en Logroño, en la de D. Miguel Aymar ; en Badajoz, en la de D. Joseph Bernaldez ; en Valladolid, en la de la viuda e hijos de Santander ; en Salamanca, en la de D. Juan Barco ; en la Coruña, en la de D. Vicente Gutiérrez ; en Oviedo, en la de D. Santos Azero ; en Murcia, en la de D. Francisco Benedicto ; en Zaragoza, en la de D. Joseph Isidro Aguasvivas ; y en Madrid en la de D. Antonio del Castillo : en donde adelantando 54 rs. vn. por la suscripción de un año, o 27 por la de seis meses, se les dará su resguardo, y se les entregarán los correspondientes ejemplares, que se remitirán por el correo francos de portes el mismo día que se publiquen en esta Corte. Y a los sujetos que no tengan proporción de recurrir a las expresadas Capitales y librerías por los ejemplares también se les remitirán directamente en pliegos separados, y francos de portes a cualesquiera Ciudades, Villas o Lugares donde estén domiciliados. Suscripciones para Madrid / Para los que se hallan establecidos en Madrid se recibirán las s |